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Dépression et maladies cardiaques : les oméga-3 à la rescousse !

7 avril 2005 Dr François Lespérance est médecin et professeur agrégé au Département de psychiatrie du Centre hospitalier de l’Université de Montréal. Il s’intéresse depuis plusieurs années au lien qui se dessine de plus en plus nettement entre la dépression et le risque de maladie cardiaque ainsi qu’au double rôle que peuvent jouer les oméga-3 dans la prévention et le traitement de ces affections. Voici l’état des connaissances en la matière, selon lui.

Deux méta-analyses récentes ont permis de constater qu’entre trois mois et deux ans après une dépression, le risque de mortalité cardiaque double1 et que la survenue d’une dépression augmente de 50 % le risque de maladie coronarienne chez des patients qui présentaient auparavant une bonne santé cardiovasculaire2.

MaladePar ailleurs, les résultats d’études épidémiologiques récentes indiquent une corrélation très précise entre une faible consommation de produits marins (riches en oméga-3) et une prévalence annuelle plus élevée de dépression majeure3; même constat dans le cas de la prévalence à vie du trouble bipolaire4.

De plus, la plupart des études épidémiologiques qui se sont penchées sur la corrélation entre le taux sanguin d’oméga-3 et la dépression ont permis de constater que les patients dépressifs présentaient un taux d’EPA+DHA (deux oméga-3) plus faible que ceux des patients non atteints. « Une telle corrélation est aussi très claire dans le cas des maladies coronariennes. Il est donc logique de penser qu’à la fois la dépression et les maladies cardiaques puissent être reliées à une déficience en oméga-3 » explique Dr Lespérance.

D’autres marqueurs des maladies coronariennes sont également associés à la dépression selon des travaux préliminaires : l’augmentation de la réponse inflammatoire et du taux de protéine C réactive, par exemple. L’hypothèse la plus intéressante, selon Dr Lespérance, c’est que les stress physiologiques internes causés par les maladies cardiaques créent, de la même façon que les stress externes d’ordre psychologique, des perturbations pouvant susciter ou intensifier la dépression.

Les avantages des oméga-3

Par ailleurs, en tant que médecin et professeur dans un département de psychiatrie, Dr Lespérance connaît bien les limites des médicaments antidépresseurs : « Bien qu’ils procurent en moyenne 60 % d’amélioration et 30 % de rémission après huit semaines, le taux de rémission après un an n’est que de 11 %. En effet, certains patients tolèrent mal les antidépresseurs, ce qui provoque un arrêt de la médication après huit semaines chez 20 % d’entre eux et chez la moitié d’entre eux après trois mois. Sans compter ceux qui refusent d’être traités à l’aide de ces médicaments. »

En plus de rappeler les résultats positifs obtenus au cours de plusieurs études préliminaires grâce à une supplémentation en EPA5-7, Dr Lespérance croit que les résultats d’études pilotes effectuées par son équipe en 2004 sont prometteurs. Elles ont porté sur 63 sujets souffrant de dépression et ont permis de vérifier la faisabilité d’un essai de plus grande envergure qui devrait commencer l’automne prochain. Ces données indiquent que la prise de 1 g d’EPA par jour a fait diminuer les symptômes dépressifs, le niveau d’anxiété ainsi que l’hostilité, tant chez les patients prenant un antidépresseur que chez ceux n’en prenant pas.

De plus, 42 % des sujets n’ont signalé aucun effet indésirable après quatre semaines et, chez les autres, les effets mentionnés étaient mineurs : arrière-goût de poisson ou éructations (26 %), diarrhées ou selles molles (12 %), douleurs ou brûlures d’estomac (3 %). Seulement 10 % des participants ont cessé le traitement.

Dr Lespérance précise que, pour obtenir une puissance statistique adéquate, une étude sur la dépression devrait porter sur au moins 300 sujets. En effet, l’effet placebo qui se manifeste au cours des essais sur des sujets déprimés est si important qu’on risque de conclure, peut-être à tort, à l’inefficacité d’un médicament ou d’un supplément à cause d’un nombre insuffisant de patients. Selon lui, c’est ce qui est arrivé lors d’une étude publiée en 2001 dans le Journal of American Medical Association. Cet essai avait porté sur 200 sujets et avait conclu à l’inefficacité du millepertuis pour traiter la dépression majeure8.

Bien que les données probantes concernant les effets bénéfiques des oméga-3 d’origine marine sur les troubles de l’humeur, dont la dépression, soient loin d’être aussi nombreuses et convaincantes que celles portant sur les maladies coronariennes, c’est tout un nouveau pan de recherche qui s’est ouvert depuis quelques années et il est prometteur pour les patients qui ont besoin de solutions de rechange aux antidépresseurs.

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Ces propos du Dr Lespérance ont été recueillis le 15 mars 2005, à Québec, lors d’une journée-conférence organisée par la Chaire Lucie et André Chagnon pour l’avancement d’une approche intégrale en santé9 et par l’Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels (INAF), avec l’appui financier de la Direction des produits de santé naturels de Santé Canada.

Par Françoise Ruby – PasseportSanté.net

1. Barth J, Schumacher M, Herrmann-Lingen C. Depression as a risk factor for mortality in patients with coronary heart disease: a meta-analysis. Psychosom Med. 2004 Nov-Dec;66(6):802-13.
2. Rugulies R. Depression as a predictor for coronary heart disease. a review and meta-analysis.
Am J Prev Med. 2002 Jul;23(1):51-61. Review.
3. Hibbeln JR. Fish consumption and major depression.
Lancet. 1998 Apr 18;351(9110):1213.
4. Noaghiul S, Hibbeln JR. Cross-national comparisons of seafood consumption and rates of bipolar disorders.
Am J Psychiatry. 2003 Dec;160(12):2222-7.
5. Su KP, Huang SY, Chiu CC, Shen WW. Omega-3 fatty acids in major depressive disorder. A preliminary double-blind, placebo-controlled trial.
Eur Neuropsychopharmacol. 2003 Aug;13(4):267-71.
6. Peet M, Horrobin DF. A dose-ranging study of the effects of ethyl-eicosapentaenoate in patients with ongoing depression despite apparently adequate treatment with standard drugs.
Arch Gen Psychiatry. 2002 Oct;59(10):913-9.
7. Nemets B, Stahl Z, Belmaker RH. Addition of omega-3 fatty acid to maintenance medication treatment for recurrent unipolar depressive disorder.
Am J Psychiatry 2002;159(3):477-479.
8. Shelton RC, Keller MB, Gelenberg A, Dunner DL,
et al. Effectiveness of St John’s wort in major depression: a randomized controlled trial. JAMA. 2001 Apr 18;285(15):1978-86.
9. Veuillez noter que la Fondation Lucie et André Chagnon soutient la Chaire Lucie et André Chagnon pour l’avancement d’une approche intégrale en santé ainsi que PasseportSanté.net.