Médecines : à qui faire confiance ?

« Quand je vais chez un médecin classique, que je patiente une heure dans la salle d’attente et que je repars dix minutes après le début de la séance avec des médicaments qui ont été prescrits à trente personnes dans la journée, je me demande vraiment s’il me prend au sérieux et s’il me reconnaîtra le jour où je reviendrai. » Christine, 38 ans, directrice d’école, consulte aujourd’hui un homéopathe pour des cystites à répétition. « Il me connaît parfaitement et prend en compte tout ce que je suis, tout ce qu’il sait de moi. Ma cystite n’est pas la même que celle de ma voisine, mon traitement, c’est mon traitement à moi. Mon homéopathe me prescrit un traitement de fond et des antibiotiques en cas de fortes crises ; grâce à lui, celles-ci ont presque disparu. »

Le grand tournant

Le témoignage de Christine résume à lui seul le grand tournant qu’ont pris les consommateurs de santé que nous sommes : nous voulons être traités avec « soin », nous voulons être respectés, écoutés, et si nous prenons aujourd’hui en compte l’offre de ces médecines « différentes » (20 % d’entre nous y ont recours régulièrement et 60 % y ont fait appel au moins une fois), c’est qu’elles correspondent à cette attente.

Depuis quelques années, nous sommes nombreux à pointer un doigt accusateur sur la médecine officielle, qui ne cesse d’être de plus en plus technique, standardisée, négligeant les patients en ville dans des consultations express ou les infantilisant dans des hôpitaux tentaculaires.

Médicaments à profusions, imageries médicales, opérations sophistiquées : la médecine classique a triomphé, jusqu’à ce que l’épidémie de sida ne vienne remettre en questions le savoir scientifique, et le scandale de la transfusion sanguine, prouver que des médecins pouvaient aussi semer la mort. Dans ce paysage, la médecine allopathique (1) prend la mesure de ses incertitudes, de ses doutes, réalise qu’elle ne possède pas toutes les réponses, mais continue le plus souvent à considérer les médecines dites douces comme une vaste foutaise. Celles-ci, discrètes, résistent au discrédit et attirent de plus en plus de gens préoccupés de leur bien-être. S’y ajoutent nos inquiétudes à l’égard d’une médecine allopathique qui nous confronte souvent à des diagnostics contradictoires. Bref, la médecine toute-puissante a vécu.

1- C’est notre médecine conventionnelle : les médicaments qui y sont employés produisent des effets contraires à ceux de la maladie.

L’efficacité reconnue

Aujourd’hui pourtant, la cohabitation entre médecines ennemies amorce une certaine réconciliation. Jean-Marc Benhaiem, qui pratique l’hypnose depuis vingt ans, avoue qu’à ses débuts, il « cachait » sa pratique. A l’heure actuelle, il travaille très officiellement dans le service de prise en charge de la douleur à l’hôpital Ambroise-Paré, à Paris. « De nombreux patrons de service regardent encore d’un mauvais œil ce genre d’intervention mais, simultanément, certains chefs de service commencent à reconnaître l’efficacité de l’hypnose ; un pneumologue m’a même dit récemment que, selon lui, pour arrêter de fumer, il n’y avait que ça qui marchait. »

Dans ce climat de dégel, plusieurs établissements hospitaliers en France, comme l’hôpital Cochin ou l’institut Gustave-Roussy, intègrent des consultations de médecines parallèles – acupuncture, ostéopathie, hypnose, réflexologie – où ces pratiques deviennent vraiment complémentaires. Avantage de ce rapprochement ? La possibilité de valider l’efficacité des médecines douces par des études fiables.

DocteurUne relation de confiance

Si ces médecines rencontrent davantage d’adhésion, c’est qu’elles offrent du temps pour chaque patient et proposent des traitements sans effets secondaires pour des symptômes ne relevant pas d’un traitement offensif. Pierre, soigné par l’acupuncture après une dépression nerveuse due à un surmenage professionnel, confirme : « A chaque séance, je passe beaucoup de temps à décrire mon problème ; puis il y a la pose des aiguilles, parfois longue, qui repose sur une relation de confiance ; enfin, l’acupuncteur me soulage en douceur. Mais la découverte de l’acupuncture a changé bien plus de choses dans mon existence. Je me suis documenté et imprégné de cette culture de la médecine douce, ce qui m’a fait énormément de bien sur tous les plans. Mon hygiène de vie a changé. » Notre préoccupation actuelle de bien-être s’accorde avec le champ d’action des médecines complémentaires. Les troubles fonctionnels, de plus en plus fréquents – stress, fatigue, angoisses, colites, migraines – sont souvent mieux pris en charge par ces médecines que par l’artillerie médicamenteuse lourde et ses éventuels effets secondaires. De plus en plus nombreux, des parents ont recours à l’homéopathie pour traiter les affections mineures de leurs enfants afin d’éviter la surenchère d’antibiotiques.

On traite le terrain et, justement, la notion de terrain se confirme sur le plan scientifique ; les découvertes de ces vingt dernières années sur le système immunitaire (les groupes tissulaires HLA) prouvent que chacun a un capital génétique particulier qui peut faire le lit de certaines affections. En soignant ce terrain – et c’est le propos des médecines parallèles – on peut, peut-être, éviter certaines maladies.

L’effet placebo

Notre préoccupation actuelle : trouver un équilibre de base, physique autant que psychique. La dimension psychosomatique de nos maux est davantage mise en lumière, même si, comme le déplore Jean-Benjamin Stora, responsable d’une consultation de psychosomatique à la Pitié-Salpêtrière, à Paris, nous sommes encore trop souvent réticents à nous reconnaître une maladie de l’âme, « plus culpabilisante qu’une défaillance organique ».

Il faut reconnaître que l’engouement actuel pour les médecines différentes découle aussi du fait qu’elles marchent parce que nous y croyons et avons envie d’y croire. Quel que soit le type de médecine, l’effet placebo fonctionne : dans 30 à 50 % des cas, le simple fait de penser que le traitement est efficace le rend efficient. Cela n’exclut pas l’action spécifique des médecines complémentaires, mais plaide en faveur de soins conformes aux attentes de l’individu. Loin de nous, dans le dossier qui suit, le désir de vanter une médecine plutôt qu’une autre. Nous avons simplement voulu exposer l’importance des choix offerts et l’intérêt du large éventail de pratiques thérapeutiques aujourd’hui disponibles. Nous devons y exercer notre esprit critique, en particulier – et c’est ce qui conclue notre dossier – en se gardant des pratiques dangereuses.

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CAPITAL SANTE : Mobiliser ses propres ressources

Manger équilibré, faire de l’exercice, pratiquer la relaxation, cesser de fumer, diminuer sa consommation d’alcool sont, on le sait, les meilleurs moyens de gérer durablement et efficacement son capital santé. Si la consigne n’a en soi rien de révolutionnaire, les dernières études scientifiques, menées pendant cinq ans par des chercheurs américains, nous révèlent en revanche qu’il suffit d’introduire de petits changements dans nos mauvaises habitudes pour obtenir des résultats aussi rapides que spectaculaires. L’explication ? Le formidable pouvoir de régénération de notre organisme.

Deux exemples révélateurs : lorsque l’on s’arrête de fumer, le taux de monoxyde de carbone dans l’organisme chute rapidement. Cinq ans plus tard, le risque d’une attaque est quasi équivalent à celui d’une personne qui n’a jamais fumé. Même résultat pour une femme de 40 ans qui commence à pratiquer la marche une demi-heure par jour. Le risque d’une attaque cardiaque est alors comparable à celui d’une femme qui a fait du sport toute sa vie. A bon entendeur…
(Flavia Accorsi)

Source : “Time” du 5 février 2001.