Apnee5

Ronflement ou « l’apnée du sommeil » -2-

-Partie 2-

(voir aussi partie 1)

Symptômes :

Un bruit de gorge, léger ou fort, émis périodiquement durant le sommeil.

Personnes à risque :

  • Les personnes qui ont un voile du palais épais, des amygdales volumineuses, une luette allongée, une cloison du nez déviée, un cou court ou une mâchoire inférieure peu développée sont plus à risque.
  • Dans la tranche d’âge de 30 à 50 ans, 60 % des ronfleurs sont des hommes. L’embonpoint, le tabac et l’alcool, de même que des raisons anatomiques pourraient en être la cause. Chez les femmes, la progestérone joue un rôle protecteur sur les tissus. Passé 60 ans, les différences entre les deux sexes s’estompent.
  • Il y a une augmentation du trouble avec l’âge attribuable principalement à la perte, en vieillissant, du tonus des tissus.

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Facteurs de risque

  • Avoir un surplus de poids. Dans seulement 30 % des cas, les ronfleurs ont un poids normal. Chez les obèses, la fréquence des apnées du sommeil attribuables à l’obstruction des voies respiratoires est de 12 à 30 fois plus élevée.
  • Certains médicaments (comme les somnifères) peuvent causer un relâchement des tissus mous de la gorge.
  • La congestion nasale réduit le passage de l’air et favorise une respiration par la bouche.
  • Dormir sur le dos, car cela amène la langue vers l’arrière du palais, réduisant ainsi l’espace pour le passage de l’air.
  • Consommer de l’alcool en soirée. L’alcool agit comme sédatif et détend les muscles et les tissus de la gorge.
  • Le tabagisme.

Prévention

Éviter de prendre de l’alcool ou un somnifère avant de dormir. Si un mauvais sommeil fragmenté est attribuable au ronflement, la prise d’un somnifère ou d’alcool aggravera la situation puisqu’ils ont pour effet de relaxer les tissus mous de la gorge. Se coucher seulement lorsque la fatigue est présente, et se détendre avant d’aller au lit.

Garder un poids santé. L’embonpoint est la cause la plus courante du ronflement. Très souvent, un amaigrissement suffit à lui seul pour diminuer de façon importante l’intensité du bruit. Dans une étude effectuée sur 19 hommes testant l’effet de la perte de poids, de la position de côté (plutôt que sur le dos) et de l’utilisation d’un vaporisateur décongestionnant nasal, la perte de poids fut la plus efficace. Les personnes ayant perdu plus de 7 kg ont totalement éliminé leur ronflement2. Notez que les échecs des traitements chirurgicaux du ronflement sont souvent directement en rapport avec l’obésité.

Dormir sur le côté, ou mieux, sur le ventre. Le fait de dormir sur le dos est un facteur de risque. Pour l’éviter, on peut placer une balle de tennis dans le dos du pyjama ou se procurer un t-shirt antironflement (dans lequel on peut insérer trois balles de tennis). On peut aussi réveiller discrètement le ronfleur pour le remettre en bonne position. Il existe des bracelets à piles qui réagissent au son et émettent une vibration pour le réveiller discrètement. Le changement de position ne peut pas faire disparaître un ronflement majeur, mais peut effacer un ronflement modéré.

Supporter le cou et la tête. Il semble que la posture de la tête et du cou influence légèrement le ronflement et les épisodes d’apnées chez certaines personnes8, mais les preuves scientifiques de l’efficacité des oreillers antironflement sont minces. Des oreillers qui permettent d’allonger le cou ont quelque peu amélioré la respiration de personnes souffrant d’apnées du sommeil9. Consultez votre médecin avant de faire l’achat d’un oreiller antironflement.

Traitements médicaux

Mise en garde. Toute personne qui souhaite réduire ses ronflements devrait consulter un médecin ou un spécialiste (un oto-rhino-laryngologiste ou ORL) et éviter d’acheter des produits antironflement offerts en vente libre (vaporisateurs nasaux, lubrifiants oraux, comprimés, accessoires, etc.). Ces produits risquent plutôt d’être décevants puisqu’ils ne conviennent pas à tous et que leur efficacité n’a pas été validée scientifiquement par des études indépendantes, dans bien des cas. Pour un traitement approprié, la cause du ronflement doit être identifiée par un médecin.

Le traitement du ronflement dépendra de sa cause, de sa gravité, des complications qui lui sont associées, notamment les apnées du sommeil, et de la gêne qu’il crée dans l’entourage. Si le ronflement est léger, perdre du poids et changer certains comportements, comme arrêter de fumer, dormir sur le côté et éviter les sédatifs et l’alcool avant le coucher, sont suffisants à éliminer ou réduire le ronflement. Toutefois, ces mesures seront fort probablement inefficaces à elles seules – bien que tout de même importantes à appliquer – pour faire disparaître un ronflement moyen ou majeur. Dans ce cas, la médecine classique propose différentes approches, dont certaines sont décrites ci-dessous.

Traitements non chirurgicaux

Traitement de la congestion nasale

La congestion temporaire du nez, par un rhume par exemple, peut être traitée en utilisant des médicaments décongestionnants. Dans le cas d’une congestion chronique, le médecin peut prescrire un vaporisateur nasal aux stéroïdes. Une autre méthode – approuvée par la Food and Drug Administration des États-Unis – consiste à utiliser une bandelette nasale (Breathe Right® Nasal Strips ou Air Plus®) qui augmente l’ouverture des narines et permet ainsi de ne plus respirer par la bouche. La fine bandelette de plastique est appliquée sur la peau du nez et y adhère grâce à une partie adhésive. Cela peut prendre quelques nuits pour réapprendre à respirer par le nez (de sept à dix nuits en moyenne avant de voir une amélioration).
N.B.
La sécheresse des voies nasales peut aussi causer des problèmes de respiration dans les climats secs et durant l’hiver en raison du chauffage. Mettre un humidificateur dans la chambre à coucher.

Traitement des allergies

Pour mieux contrôler les allergies, éliminer autant que possible les allergènes de la maison : les animaux, la poussière et les ramasse-poussières (tapis). Des médicaments antihistaminiques peuvent être recommandés par le médecin.

Port d’une prothèse dentaire

Le traitement consiste à porter la nuit une prothèse dentaire qui avance la mâchoire inférieure. La prothèse, moulée par le dentiste, tient la mâchoire inférieure et la langue vers l’avant, ce qui a pour effet d’agrandir l’ouverture des voies respiratoires supérieures. Plusieurs synthèses, dont une recoupe 21 études portant au total sur 320 patients, concluent à l’efficacité de cette prothèse pour le traitement du ronflement3,4. Toutefois, sa tolérance est moyenne et elle peut causer des inconforts.

Port d’un appareil CPAP


Dans les cas de ronflements majeurs ou d’apnées du sommeil, le port d’un appareil CPAP (« Continuous Positive Airway Pressure », ou « Ventilation par Pression Positive Continue » en français) offre souvent des résultats spectaculaires. Cela consiste à porter durant la nuit un masque nasal attaché à une petite pompe qui force l’entrée de l’air ambiant dans la bouche par une pression légèrement supérieure à la pression atmosphérique. L’entrée d’air empêche les tissus de s’affaisser. Quand le masque est bien accepté, son efficacité est parfaite. Cependant, il doit être porté toutes les nuits (il ne guérit pas le ronflement) et est parfois mal toléré. Le choix d’un masque nécessite l’avis d’un professionnel.

Traitements chirurgicaux

Chirurgie classique

La pratique conventionnelle consiste à enlever de manière chirurgicale une partie du voile du palais ou la luette, ou les deux, et à utiliser les tissus en excès pour élargir l’espace aérien. Si cela est nécessaire, les polypes nasaux ou les amygdales peuvent aussi être enlevés par chirurgie. C’est une opération qui se fait sous anesthésie générale. Le séjour à l’hôpital est d’un à deux jours et est suivi d’une période de convalescence d’une à deux semaines. L’opération est douloureuse, mais efficace dans les deux tiers des cas.

Chirurgie par laser

Le traitement par laser pour réduire le voile du palais se fait sous anesthésie locale et demande parfois plusieurs séances (de deux à cinq séances). Il est également douloureux. Il peut être efficace notamment chez les personnes n’ayant pas de surplus de poids. Cependant, les résultats positifs ne semblent pas demeurer à long terme, et ce traitement peut conduire à une détérioration du ronflement et des apnées existantes.

Traitement par radio-fréquence

Cette procédure très récente consiste à réduire par cautérisation l’épaisseur des tissus qui gênent le passage de l’air. Il s’agit de chauffer les tissus sous-cutanés avec une aiguille liée à un générateur de micro-ondes. Cet échauffement entraîne une lésion qui, en cicatrisant, rétracte le voile en durcissant les tissus. Il est recommandé d’effectuer plusieurs séances à faible intensité. La procédure prend une trentaine de minutes sous anesthésie locale. La douleur qui lui fait suite semble plus modérée que pour la chirurgie classique ou par laser.

Recherches. Une nouvelle procédure en cours d’expérimentation utilise l’injection d’un produit chimique sclérosant dans la portion sous-cutanée du voile du palais. Selon les chercheurs qui l’ont mise au point et expérimentée, cette procédure est moins coûteuse et moins douloureuse que la précédente, tandis que son taux d’efficacité est semblable : des 27 ronfleurs qui ont subi l’intervention dans le cadre d’une étude, 92 % ne s’étaient pas remis à ronfler deux mois plus tard, et 75 %, 19 mois après5,6.

Approches complémentaires

D’après nos recherches (novembre 2003), aucun traitement non conventionnel pour le ronflement n’est appuyé par des études scientifiques.

Bibliographie 

American Academy of Otolaryngology. Health Information – Snoring and Sleep Disorders, AAO – HNS. [Consulté le 4 novembre 2003]. www.entlink.org
Association des ronfleurs et apnéiques du Québec. Hôpital Sacré-Coeur de Montréal – Ronflement et apnées du sommeil, Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal. [Consulté le 4 novembre 2003]. www.crhsc.umontreal.ca
Association Pulmonaire du Canada. Apnée du sommeil – Manuel sur l’apnée du sommeil, Association Pulmonaire du Canada. [Consulté le 4 novembre 2003]. www.poumon.ca
Grosbois Dr Jacques et Le Pellec Michèle. Apnées, Ronflements et troubles du sommeil, Éditions Option Santé, Canada, 2003.
Laboratoire de Recherches ORL du CHU Paris Saint-Antoine [Consulté le 30 octobre 2003]. CHU Paris Saint-Antoine
Mayo Foundation for Medical Education and Research (Ed). Diseases & Conditions – Snoring, MayoClinic.com. [Consulté le 30 octobre 2003]. www.mayoclinic.com
WebMD. Diseases, Conditions and Health Topics – Snoring Solutions, WeMD Health. [Consulté le 4 novembre 2003].

Notes

1. Scher AI, Lipton RB, Stewart WF. Habitual snoring as a risk factor for chronic daily headache.Neurology. 2003 Apr 22;60(8):1366-8.
2. Braver HM, Block AJ, Perri MG.Treatment for snoring. Combined weight loss, sleeping on side, and nasal spray. Chest. 1995 May;107(5):1283-8.
3. Schmidt-Nowara W, Lowe A, et al. Oral appliances for the treatment of snoring and obstructive sleep apnea: a review.Sleep. 1995 Jul;18(6):501-10.
4. Parker JA.Snoring and obstructive sleep apnea. Part Two: Treatment with oral appliances.Northwest Dent. 1995 Mar-Apr;74(2):17-25, 55.
5. Brietzke SE, Mair EA.Injection snoreplasty: how to treat snoring without all the pain and expense.Otolaryngol Head Neck Surg. 2001 May;124(5):503-10.
6. Brietzke SE, Mair EA.Injection snoreplasty: extended follow-up and new objective data.Otolaryngol Head Neck Surg. 2003 May;128(5):605-15.
7. Lipman D, Sexton G, Schlesser J. A Randomized, double blind, Placebo Controlled evaluation of a Natural Over the Counter Medication in the Management of Snoring.Sleep Breath. 1999;3(2):53-56.
8. Makofsky HW.Snoring and obstructive sleep apnea: does head posture play a role? Cranio. 1997 Jan;15(1):68-73.
9. Kushida CA, Rao S, et al. Cervical positional effects on snoring and apneas. Sleep Res Online. 1999;2(1):7-10.