Les vertus incroyables du thé

De Philippe Sionneau

Le thé est probablement l’une des boissons les plus extraordinaires qui soient. C’est d’ailleurs, après l’eau, la seconde boisson la plus consommée au monde. Entre les thés noirs, verts, blancs, semi-fermentés, fumés, parfumés, compressés, on estime à plus de 3 000 le nombre de variétés de thé. Toutes, sans exception, proviennent de la même plante : le Camellia Sinensis, dont l’origine est chinoise, et non pas indienne, comme on le croit trop souvent.

Le thé est beaucoup moins toxique et beaucoup plus sain pour la santé que le café, mais il faut savoir l’utiliser pour éviter certains désagréments.

« Avec une saveur amère, le thé aide l’esprit, combat la fatigue, stimule le corps, réduit le poids, stimule la vision. »
Shen Nong Ben Cao Jing Première matière médicale de la pharmacopée chinoise, 1er siècle, Dynastie des Han.

Les différents types de thé et leur effet bénéfique sur la santé

Tous les thés sont des Camellia Sinensis. C’est uniquement l’environnement, le terrain, l’altitude, l’époque de la récolte et le mode de transformation qui modifient l’apparence et la qualité du thé. Tous les thés semblent avoir de multiples vertus, notamment, contre le cancer et les maladies cardiaques. Le thé vert était réputé comme le plus puissant pour la prévention du cancer. Or, une série d’études récentes montrent que le thé blanc l’est encore plus.

Connu seulement par les fins amateurs du thé en Europe, le thé blanc est l’un des plus fameux et des plus chers du monde. Les chercheurs pensent que c’est le mode de préparation du thé blanc qui pourrait expliquer la différence d’efficacité. En effet, celui-ci subit peu de manipulations et de transformations après la cueillette pour pouvoir garder au maximum son arôme et ses qualités. Cela fait écho à une autre étude qui a démontré que les thés verts non fermentés, non fumés et non pressés semblaient meilleurs pour la santé. En effet, ces préparations traditionnelles détruisent une partie des polyphénols. Mais cela n’explique probablement pas tout.

En l’état actuel de nos recherches dans le domaine de la santé, il faut retenir que les thés peu transformés sont meilleurs que ceux qui le sont plus fortement (fermentés, semi-fermentés, fumés, comprimés, etc.) et que le thé blanc est supérieur au thé vert qui est lui-même supérieur au thé noir.

Composition du thé. Dans 100 g de thé vert séché, il y a environ :

Vitamine C 300 mg
Vitamine E 100 mg
Vitamine B 11 mg
Bétacarotène (Provitamine A) 15 mg
Polyphénols (antioxydants) 35 %
Chlorophylle 1 %
Caféine 3 %
Les thés noirs, semi-fermentés ou fumés ont une teneur en vitamines et polyphénols beaucoup plus faible que les thés verts ou les thés blancs qui ont subi peu de transformation. Concernant la vitamine C, qui est fragile à la chaleur, nous pouvons même considérer sa teneur quasiment nulle dans les thés noirs. (Nous trouvons là encore, la notion de Jing qui supporte mal les transformations).

Selon la diététique chinoise. En médecine chinoise, on qualifie les saveurs du thé d’amères et sa nature de douce et de fraîche. Ses méridiens destinataires sont le Cœur, le Foie, l’Estomac, la Vessie et le Gros Intestin.

Le thé a pour fonction de :

  • Clarifier la tête et les yeux.
  • Clarifier la Chaleur, éliminer l’agitation.
  • Dissiper la stagnation d’aliments.
  • Atténuer les méfaits d’un excès d’alcool.
  • Favoriser la diurèse (élimination urinaire).
  • Arrêter la diarrhée.
  • Dissoudre les mucosités.

On dit aussi que le thé rend les yeux plus clairs et brillants.

Le thé est indiqué dans les cas suivants (Chaque indication est reliée, dans l’ordre, avec chacune des fonctions précitées) :

  • Céphalée, yeux rouges et douloureux, vision trouble due à un Vent Chaleur, comme par exemple dans le rhume des foins ; hypersomnie, confusion mentale.
  • Soif, agitation due à une maladie fébrile, due à une Canicule Chaleur.
  • Nausée, perte d’appétit, éructation fétide, distension et douleur épigastriques et abdominales liées à une stagnation d’aliments, surtout due aux graisses animales et aux huiles végétales.
  • Tête lourde, céphalée, nausée, dues à un excès d’alcool.
  • Dysurie, oligurie, urodynie, urines foncées et peu abondantes, strangurie Chaleur due à une Humidité-Chaleur sur la Vessie.
  • Diarrhée due à une Humidité-Chaleur.
  • Toux avec mucosités abondantes.
  • Zona.

Préparation et utilisation

  • Le thé est consommé en infusion.
  • La consommation moyenne pour bénéficier des propriétés thérapeutiques du thé est de 5 à 10 g par jour.
  • Pour avoir une action antidiarrhéique, il faut en boire une infusion très concentrée, très amère : 10 g de feuilles de thé mises à bouillir dans 200 ml d’eau bouillante, à feu doux pour obtenir un thé très fort. À boire en 3 à 4 fois sur la journée.
  • Moudre des feuilles de thé et dissoudre la poudre obtenue dans un thé très fort. Appliquer extérieurement sur le zona 2 à 3 fois par jour.
  • Boire de 2 ml à 5 ml, 3 à 4 fois par jour d’un thé très fort (faire bouillir à feu doux les feuilles de thé) peut guérir des entérites aiguës ou chroniques.
  • Pour « décaféiner le thé », il suffit de jeter la première eau d’infusion après deux minutes (trois, si les feuilles sont entières). Vous pouvez alors faire infuser de nouveau votre thé avec une nouvelle eau frémissante et boire comme à l’accoutumée.

Les effets bénéfiques du thé sur la santé

Le thé : un puissant antioxydant

De nombreuses recherches récentes un peu partout dans le monde occidental montrent clairement le fantastique potentiel bénéfique du thé sur la santé. En effet, les feuilles de thé contiennent des quantités importantes de certaines substances antioxydantes (polyphénols et flavonoïdes) qui agissent contre les radicaux libres et protègent nos cellules des agressions quotidiennes. Cette haute teneur en antioxydants dépasse même celle des légumes et des fruits riches en polyphénols. La revue scientifique Free Radical Research (USA) publiait dans son numéro de 1999 (vol. 30), une étude qui compare l’effet antioxydant de certains aliments.

On y apprend que 2 tasses de thé équivalent à :

  • 7 verres de jus d’orange.
  • 20 verres de jus de pomme.
  • 6 pommes.
  • 3 ½ verres de jus de cassis.

Une autre étude faite par la Boston Tufts University a mesuré l’effet antioxydant du thé en le comparant à 22 légumes (incluant le brocoli, le maïs, l’oignon, l’ail et les carottes). Le thé est arrivé en tête. Cette recherche a également souligné la capacité supérieure du thé à absorber les radicaux libres. Les radicaux libres sont des substances qui lèsent nos cellules. Or, les scientifiques sont de plus en plus en accord sur le fait que ces lésions seraient à l’origine de certains cancers, de maladies cardio-vasculaires et d’accidents vasculaires cérébraux. Cela expliquerait les très nombreuses observations et recherches faites depuis vingt ans en Chine, au Japon, aux États-Unis, aux Pays-Bas, en Grande Bretagne, au Canada, etc. qui confirment les vertus thérapeutiques du thé.

Il est à noter que 85 % des antioxydants du thé sont libérés dans les 3 à 5 premières minutes d’infusion. Après une simple tasse de thé, l’organisme bénéficie d’une forte activité antioxydante dans les deux ou trois heures qui suivent. Ce pouvoir antioxydant du thé est quatre fois plus puissant que celui de la vitamine C. Un de ces constituants, le Gallate Epigallocatechol-3 (EGCG), est, quant à lui, 200 fois supérieur aux vertus antioxydantes de la vitamine E!

Nous pouvons maintenant dire avec certitude que la consommation régulière de thé diminue le risque de :

  • Maladies cardiovasculaires (prévention des infarctus et des thromboses) : le thé stimule légèrement le coeur, assouplit les parois des vaisseaux sanguins, aide à éviter l’artériosclérose et empêche la formation de caillots.
  • Cancers : c’est particulièrement vrai pour ceux qui sont induits par le tabac (poumon, pancréas, bouche, œsophage, larynx, rein, vessie) et par le mode alimentaire erroné du monde occidental (côlon, rectum, prostate, sein, ovaire, endomètre).
  • Accidents vasculaires cérébraux. Le thé a une action anti-thrombotique.

Les autres propriétés reconnues du thé sont :

  • L’augmentation rapide de la vigilance.
  • L’action stimulante sur l’intellect.
  • La vasodilatation des vaisseaux capillaires.
  • La réduction du stress oxydatif du tabac.
  • La réduction du taux de cholestérol (cette fonction est controversée).
  • L’action amaigrissante (faiblement).
  • L’action hémostatique (selles sanguinolentes) – à forte dose.
  • L’action anti-infectieuse dans les dysenteries – à forte dose.
  • L’action diurétique.

Inconvénients et contre-indications du thé

  • Tous ces effets bénéfiques ne doivent pas nous faire oublier qu’aucun aliment au monde n’est une panacée. Le thé possède aussi des inconvénients qu’il faut connaître pour éviter ses effets négatifs.

Selon la médecine chinoise

« Une longue pratique de boire du thé incorrectement réduit les graisses du corps, cause le froid Vide du Foyer Médian. Boire du thé lors de colères est particulièrement inadéquat et entraîne de l’insomnie ».
Shou Yang Cong Shu (Traité ancien des méthodes de santé chinoises).

« Bien que le thé ait l’effet de clarifier le cœur et stimuler la vision, il a de nombreux inconvénients. Il ne doit pas être bu excessivement dans n’importe quelle saison de l’année surtout dans le cas où la personne souffrirait d’insomnie ou celle qui est maigre et faible ».
Sun Zhen Ren Wei Shen Ge Zhu Shi (Livre chinois ancien).

En médecine chinoise, le thé est contre-indiqué dans les cas suivants :

  • Grossesse et allaitement.
  • Insomnie.
  • Constipation.
  • Mictions fréquentes et abondantes, nycturies (émission d’urine plus importante la nuit que le jour) dues à un Vide du Yang de la Rate et des Reins. La nature rafraîchissante du thé et son action diurétique doivent nous pousser à la modération, d’autant plus que la personne est frileuse, a les membres froids ou le nez froid, le tout accompagné de fatigabilité.

De plus, le thé est incompatible avec plusieurs substances médicinales chinoises telles que le fameux ginseng (Radix Panacis Ginseng (Ren Shen)). Il neutralise ses effets tonifiants, ce qui ridiculise la commercialisation mercantile du thé au ginseng. Les autres incompatibilités sont : Radix Clematidis Chinensis (Wei Ling Xian), Rhizoma Smilacis Glabrae (Tu Fu Ling), Fructus Quisqualis Indicae (Shi Jun Zi), Sclerotium Poriae Cocos (Fu Ling).

Selon la science contemporaine

  • Le thé s’oppose à l’assimilation du fer. Il est donc contre-indiqué en cas d’anémie ferriprive. Pour cette raison, il est déconseillé de boire du thé aux repas. Celui-ci sera pris en dehors des phases digestives.
  • Le thé peut aggraver un ulcère gastrique ou duodénal s’il est pris à jeun sur un ventre vide. De manière générale, en cas d’ulcère, il faut éviter le thé.
  • Le thé semble s’opposer à certaines substances médicamenteuses et aussi à l’assimilation de certaines protéines. De ce fait, il est déconseillé de prendre du thé à table ou au même moment qu’une prise de médicament.
  • Par ailleurs, un excès de thé peut induire :
    – des palpitations cardiaques;
    – des céphalées;
    – des acouphènes;
    – une vision trouble.

Les méfaits de la caféine du thé. La teneur en caféine peut, bien évidemment, varier selon le type de thé. Cependant, en général, on considère qu’il contient 3 % de caféine, soit deux à trois fois moins que le café. Une consommation modérée de caféine de 400 à 450 mg par jour ne semble pas provoquer de troubles chez la plupart des individus. Ceci équivaut approximativement à 10-12 tasses de thé par jour. Malgré cela, certaines personnes sont très sensibles à cette substance. Une petite tasse de thé l’après-midi peut même être l’origine d’une nuit blanche. Pour éviter ou réduire cette sensibilité, il est possible de décaféiner soi-même sa boisson (voir plus haut, sous Préparation et utilisation).

Conclusions

Les bienfaits du thé sont exceptionnels. Ceux-ci sont d’autant plus spectaculaires qu’ils ont été confirmés par la science moderne qui, dans notre société, a plus de valeur que l’expérience de milliers d’années. Nous sommes convaincus que si les scientifiques se penchaient sur la méthode alimentaire chinoise, ils pourraient prouver, avec le même éclat, les bienfaits extraordinaires de la diététique chinoise. Celle-ci offre au peuple chinois la même espérance de vie que les occidentaux, malgré un suivi médical beaucoup plus faible et des conditions de vie très précaires. La sagesse alimentaire chinoise est l’un des plus précieux dons que l’empire du milieu ait fait à l’humanité.

À propos de l’auteur

Philippe Sionneau est l’un des enseignants les plus réputés et les plus actifs dans le domaine de la médecine chinoise. Il a publié 19 ouvrages traduits en français, en anglais et en espagnol. Ses travaux ont été plébiscités tant par le public professionnel que par les meilleurs spécialistes. Il anime des formations d’acupuncture, de diététique, de pharmacopée et de médecine interne ainsi que des stages pratiques (diagnostic, pouls, langue, techniques d’acupuncture, cas cliniques…) en Europe et, parfois même, au Québec et aux États-Unis.